Origine, principe général et les 4 phases du bilan
📜 Origine et principe
L'évaluation ABCDE est un concept créé en 1976 par un groupe de travail du Collège Américain de Chirurgie, qui cherchait un moyen simple et efficace d'évaluer une victime traumatisée, y compris pour des intervenants non habitués à la prise en charge des blessés graves.
Toute l'approche est centrée sur les besoins physiologiques de la victime, selon le principe du « traiter ce qui tue en premier », en suivant le parcours de l'oxygène : la vie dépend de l'interdépendance des fonctions de l'organisme, et l'oxygène est le composant indispensable à la production d'énergie de ces fonctions.
🔢 Les 4 phases du bilan
Le bilan circonstanciel : apprécier la situation et évaluer les risques.
Le bilan primaire : rechercher une détresse vitale menaçant immédiatement ou à très court terme la vie de la victime.
Le bilan secondaire : compléter et affiner les données des deux bilans précédents.
La surveillance : suivre l'évolution de l'état de la victime et contrôler l'efficacité des gestes de secours effectués.
🧭 Le bilan circonstanciel — Bilan 3S
Objectif : agir en toute sécurité et orienter la prise en charge de la victime.
Avant tout examen, il consiste en l'observation de la scène et le recueil d'informations sur la ou les victimes et leur environnement — une « photo panoramique » de la situation :
Sécurité : existe-t-il un danger ?
Scène : que s'est-il passé ?
Situation : les informations initiales en ma possession sont-elles correctes ?
🎯 Le bilan primaire — déceler rapidement une menace vitale
Chez toute victime, la priorité pour les intervenants est l'identification et la prise en charge rapide des lésions pouvant menacer la vie.
Le bilan primaire débute par une observation globale, à la recherche d'une hémorragie visible entraînant immédiatement une technique d'arrêt du saignement. Les items A, B, C, D et E sont ensuite successivement appréciés : pour chaque item, les gestes de survie adaptés sont initiés en cas de détresse vitale, avant de passer à l'item suivant.
Partie 2 · Conduite à tenir
Dérouler le bilan primaire, secondaire et la surveillance
L'ordre A → B → C → D → E, sans jamais sauter d'étape
Déroulé général
Observation globale de la victime
↓
Hémorragie visible ? → Arrêt immédiat du saignement
↓
A — Airway
↓
B — Breathing
↓
C — Circulation and Bleeding
↓
D — Disability
↓
E — Exposure
↓
Bilan secondaire (constantes + SAMPLER + examen complet)
↓
Surveillance continue jusqu'à transmission
A Airway — Libération des voies aériennes
Objectif : maintenir en permanence la liberté des voies aériennes et protéger le rachis cervical.
Vérifier que les voies aériennes sont libres, dégagées, protégées, sans risque d'obstruction. Une victime qui parle correctement a les voies aériennes libres et perméables.
Suffocation complète : claques dans le dos puis manœuvre de Heimlich
Obstacle externe (corde, cravate) : relâchement du lien constrictif, retrait d'un casque intégral
Ronflement, apnée ou inconscience : libération des voies aériennes adaptée
Corps étranger visible : extraction digitale
VAS menacées par du sang ou des vomissures : aspiration
Stabilisation de la colonne cervicale (axe tête-cou-tronc) en cas de suspicion de traumatisme
Gravité Liberté des voies aériennes inadéquate ou menacée ; gasps.
B Breathing — Ventilation
Objectif : s'assurer de l'efficacité de la respiration et maintenir une SpO2 ≥ 94 %.
Une fois les voies aériennes dégagées, le mouvement ventilatoire (soulèvement du thorax) doit être ample, régulier et symétrique.
Pas de ventilation : insufflations immédiates au ballon auto-remplisseur raccordé à une source d'O2, selon l'âge
Ventilation inefficace (amplitude faible, fréquence <10 ou >40 mvt/min, sueurs et/ou cyanose) : ventilation assistée avec O2
Signes de détresse respiratoire : mise sous O2 selon l'âge (amplitude faible, fréquence lente ou rapide, sueur et/ou cyanose)
Position d'attente adaptée
Gravité FR >40 ou <10 mvt/min (adulte/enfant), <20 chez le nouveau-né ; amplitude faible ; rythme irrégulier ; incapacité à compter jusqu'à 5 ; battement des ailes du nez, tirage, bruits anormaux, balancement thoraco-abdominal, cyanose, sueurs, somnolence ; SpO2 <94 % malgré l'O2 au masque HC ; hémorragie externe significative.
C Circulation and Bleeding — Circulation et saignement
Objectif : rechercher les signes d'une défaillance circulatoire.
L'intervenant détecte et contrôle en priorité une hémorragie externe, puis apprécie l'état circulatoire. Une détresse circulatoire doit faire rechercher une hémorragie interne : les « boîtes à sang » (thorax, abdomen, bassin, cuisses) sont observées et palpées.
ACR : réaliser une RCP
Contrôler l'efficacité de la technique d'arrêt du saignement
Signes de détresse circulatoire : position d'attente adaptée et mise sous O2 quelle que soit la saturation
Gravité ACR ; FC >100 ou <60/min ; pouls mal frappé ; rythme irrégulier ; pâleur, TRC >2 sec, marbrures ; soif ; extrémités froides ; sueurs abondantes et persistantes.
D Disability — Déficit neurologique
Objectif : évaluer la fonction cérébrale et le système nerveux central.
L'état de conscience est apprécié en quelques secondes à l'aide du score de Glasgow, complété par l'examen des pupilles.
Glasgow ≤8 dans un contexte non traumatique et/ou convulsions répétitives (non traumatique) : réaliser une glycémie capillaire
Glasgow ≤8 qui respire : position latérale de sécurité (PLS)
Signes de détresse neurologique : mise sous O2 quelle que soit la saturation
Gravité Score de Glasgow <13 ; pupilles asymétriques ou aréactives ; altération de la réponse motrice ou sensitive ; perte de connaissance, agitation, convulsion, FAST positif.
E Exposure — Environnement et exposition
Objectif : exposer les lésions pouvant engager le pronostic vital, tout en luttant contre l'hypothermie.
Sur le terrain, n'exposer que les parties essentielles : on découvre, on regarde, on recouvre. Le déshabillage complet se poursuit dans l'ambulance, au chaud et à l'abri des regards.
Couvrir la victime de façon adaptée
Gravité Traumatisme pénétrant de la tête, du cou, du tronc ou de la partie proximale des membres ; amputation ou sub-amputation de membre ; brûlures (nourrisson : toute surface ; adulte >20 % ; enfant >10 %) ; température >40 °C ou <35 °C.
📋 Bilan secondaire — constantes et interrogatoire
Effectué après le bilan primaire, il identifie les lésions non reconnues, région par région. Il comporte la mesure des constantes vitales, l'interrogatoire et l'examen complet de la victime.
Systématiquement : fréquence ventilatoire sur 1 min, pression artérielle (aux 2 bras si douleur thoracique), fréquence cardiaque sur 1 min.
Selon les circonstances : température corporelle, glycémie (si non réalisée en bilan primaire), HbCO (si suspicion d'intoxication au CO ou d'inhalation de fumée).
SAMPLER (l'historique) : Symptômes, Allergies, Médicaments, Passé médico-chirurgical, Last meal, Evénements, Risques.
OPQRST (inclus dans le « S », pour quantifier la douleur) : Origine, Provoqué par, Qualité, Région, Sévérité (EVN), Temps.
Examen complet « tête aux pieds » (tête, cou, thorax, abdomen, dos, membres) : pour chaque région — regarder, palper, écouter, sentir.
Soins définitifs : collier cervical si suspicion de lésion de la colonne, immobilisation des fractures et du rachis, pansement des plaies et brûlures.
👁️ Surveillance
Objectif : adapter la conduite à tenir selon l'évolution de la victime et vérifier que les objectifs sont atteints.
Permanente, et d'autant plus stricte qu'il existe un potentiel d'aggravation (cinétique importante, intoxication médicamenteuse). Le sapeur-pompier doit : parler à la victime pour la réconforter, rechercher une modification de ses plaintes, réévaluer l'ABCDE en continu.
Une attention particulière est portée après le brancardage, avant et pendant le transport. Relevé des paramètres vitaux : avant le transport, au maximum toutes les 10 minutes pendant le transport, et avant de confier la victime à l'IAO des urgences.
En cas d'aggravation, le chef d'agrès recontacte sans délai la régulation médicale, quelle que soit la distance à l'hôpital de destination.
Partie 3 · Application
Cas cliniques
Déroule l'ABCDE dans l'ordre. Réfléchis avant de révéler.
Cas n°1 — Chute d'échafaudage
🏗️ Ouvrier de 34 ans, chute de 4 mètres. Conscient mais confus, se plaint de douleurs diffuses. Respiration rapide et superficielle. Plaie hémorragique importante à la cuisse gauche, le sang s'écoule de façon continue.
Dans quel ordre agis-tu, et que recherches-tu à chaque étape ?
1. Hémorragie visible → arrêt immédiat du saignement (compression, garrot si besoin), avant tout le reste. A : victime confuse mais qui parle → VAS a priori libres ; stabilisation de la colonne cervicale car contexte traumatique (chute). B : respiration rapide et superficielle → signe de détresse respiratoire, mise sous O2, surveiller l'évolution. C : hémorragie externe déjà contrôlée ; rechercher une hémorragie interne (boîtes à sang : thorax, abdomen, bassin, cuisses). D : confusion → apprécier le score de Glasgow, examen des pupilles. E : exposer prudemment pour rechercher d'autres lésions, puis recouvrir contre l'hypothermie.
Puis bilan secondaire dès stabilisation (constantes, SAMPLER, examen complet) et surveillance continue jusqu'à transmission.
Cas n°2 — Malaise à domicile
🏠 Femme de 78 ans retrouvée inconsciente au sol par son fils, qui ne rapporte aucune chute ni traumatisme. Elle respire normalement. Aucune plaie ni hémorragie visible.
Pas d'hémorragie visible, pas de traumatisme évoqué : comment déroules-tu quand même l'ABCDE ?
Pas d'hémorragie visible → passage direct à l'ABCDE. A : inconsciente → libération des voies aériennes adaptée ; pas de suspicion de traumatisme donc pas de stabilisation cervicale systématique. B : respire normalement → surveiller fréquence et amplitude, pas de ventilation assistée nécessaire dans l'immédiat. C : rechercher pouls, signes de choc, observer/palper les boîtes à sang malgré l'absence de traumatisme rapporté. D : inconsciente → Glasgow probablement ≤8. Elle respire → PLS. Contexte non traumatique → glycémie capillaire systématique. E : exposer prudemment à la recherche de signes cutanés (marbrures, sueurs...), puis couvrir.
Bilan secondaire ensuite : SAMPLER recueilli auprès du fils, mesure des constantes, examen complet.