La crise est une manifestation brusque et intense, de durée limitée, pouvant entraîner des conséquences néfastes. Elle révèle une rupture d'équilibre, générant une souffrance aiguë difficile à contenir par la victime elle-même ou par autrui.
La demande de secours n'émane la plupart du temps pas de la victime, mais de son entourage, et nécessite une réponse urgente et immédiate du fait de l'intensité émotionnelle des manifestations (danger pour la personne et/ou son entourage) et du risque vital pouvant exister selon l'origine du trouble.
Deux types de facteurs peuvent être à l'origine d'un état de crise :
| Catégorie | Exemples |
|---|---|
| Troubles organiques | Hypoglycémie, hypoxie, hypo/hyperthermie, déshydratation, tumeur cérébrale, AVC… |
| Traumatismes physiques | Crânien, hémorragie grave, douleur intense |
| Intoxications | Alcool, stupéfiants, médicaments (arrêt brutal, surdosage, interactions) — souvent associées entre elles |
| Troubles psychiatriques | États aigus (transitoires, parfois mode de révélation d'une maladie) ou états chroniques (schizophrénie, troubles bipolaires, TCA, addictions…) |
L'état de crise prend souvent l'allure de troubles psychiatriques, alors qu'il peut être l'expression d'un problème physique. En crise, la victime n'est pas toujours consciente de la réalité de la situation, ce qui complexifie l'action de secours : le secouriste peut être confronté à une attitude opposante, de l'agressivité, voire un potentiel passage à l'acte agressif sur soi ou autrui, et parfois contraint de se retirer par mesure conservatoire.
Le secouriste observe la personne dans ses différentes sphères :
| Sphère observée | Signes à repérer |
|---|---|
| Présentation | État vestimentaire inadapté, hygiène (manque ou excès), marques/blessures |
| Signes physiques/physiologiques | Hyperventilation, sensation d'étouffement, pâleur ou coloration, sueurs, tremblements, tension musculaire |
| Comportement | Hypoactivité (mutisme, isolement, prostration) ou hyperactivité (agitation stérile, actions désordonnées) ; agressivité, voire violence |
| Discours | Accéléré/ralenti, bégaiement, propos incohérents, incapacité à penser (« sidération »), troubles de la mémoire, confusion, désorientation, intentions suicidaires |
| État d'esprit/émotionnel | Hyperémotivité (cris, pleurs, panique/euphorie), peur intense, colère avec tendance à l'agressivité, perte de contrôle de soi, absence d'émotion, tristesse/désespoir |
Après un événement stressant, la victime peut présenter un état de dissociation, phénomène protecteur qui la déconnecte d'une réalité insupportable :
Ce type de manifestation est le signe d'une détresse psychologique aiguë, voire d'une blessure psychologique grave, nécessitant une orientation vers une prise en charge psychologique spécialisée (urgences hospitalières ou CUMP).
La victime peut passer d'une réaction à l'autre au cours de la prise en charge. Les réactions de stress peuvent persister plusieurs heures/jours après l'événement (« courbatures psychologiques ») sans être forcément pathologiques.
La réaction de stress n'est pas la seule possible : une personne peut être frappée par un choc de compassion (marquée par la douleur de l'autre) ou une perte. Les sentiments sont alors plutôt tristesse, colère ou impuissance, avec des mécanismes de défense : sidération, malaise, déni, culpabilité, recherche de responsabilité, agressivité.
Une réaction adaptée dans l'immédiat ne garantit pas l'absence de blessure psychique. La crise peut évoluer vers un trouble de l'adaptation, un trouble de stress aigu (TSA) ou un trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Le 1er regard est essentiel. Il faut repérer et identifier :
Si le contact est possible :
Si le contact et le dialogue sont impossibles :
Favoriser l'apaisement émotionnel, dans le calme, sans précipitation ni hésitation, pour compléter le bilan puis engager les soins nécessaires. Lors d'états d'agitation incontrôlables et dangereux, l'abord relationnel a ses limites et la sédation médicamenteuse est indispensable.
Orienter l'attention de la victime sur des éléments sécurisants et des tâches simples, positives, non stressantes :
Questionner la victime sur l'événement vécu ou lui demander de parler de ses émotions aura pour effet de maintenir/réactiver l'état de dissociation.
Ce module couvre les principes généraux. Les contextes particuliers (comportement agressif/violent, morts inattendues, victimes de violences, crise suicidaire, événements exceptionnels) sont traités dans 3 modules dédiés, du fait de leur densité et de leurs spécificités propres.