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Personnes en situation de crise — Comprendre et aborder
Partie 9 · Connaissances
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QCM
Partie 9 · Connaissances
Les personnes en situation de crise
Définition, causes, signes et manifestations · Source : 09AC01/11-2021

🧠 Définition

La crise est une manifestation brusque et intense, de durée limitée, pouvant entraîner des conséquences néfastes. Elle révèle une rupture d'équilibre, générant une souffrance aiguë difficile à contenir par la victime elle-même ou par autrui.

La demande de secours n'émane la plupart du temps pas de la victime, mais de son entourage, et nécessite une réponse urgente et immédiate du fait de l'intensité émotionnelle des manifestations (danger pour la personne et/ou son entourage) et du risque vital pouvant exister selon l'origine du trouble.

⚡ Causes

Deux types de facteurs peuvent être à l'origine d'un état de crise :

  • Facteur externe (déclencheur) : événement stressant, potentiellement traumatisant (accident, situation de violence, catastrophe) exposant la personne à une atteinte à l'intégrité physique et/ou morale, voire une menace de mort.
  • Facteur interne : changement ou dysfonctionnement propre à la personne, se traduisant par des réactions inhabituelles.
CatégorieExemples
Troubles organiquesHypoglycémie, hypoxie, hypo/hyperthermie, déshydratation, tumeur cérébrale, AVC…
Traumatismes physiquesCrânien, hémorragie grave, douleur intense
IntoxicationsAlcool, stupéfiants, médicaments (arrêt brutal, surdosage, interactions) — souvent associées entre elles
Troubles psychiatriquesÉtats aigus (transitoires, parfois mode de révélation d'une maladie) ou états chroniques (schizophrénie, troubles bipolaires, TCA, addictions…)

⚠️ Risques et conséquences

L'état de crise prend souvent l'allure de troubles psychiatriques, alors qu'il peut être l'expression d'un problème physique. En crise, la victime n'est pas toujours consciente de la réalité de la situation, ce qui complexifie l'action de secours : le secouriste peut être confronté à une attitude opposante, de l'agressivité, voire un potentiel passage à l'acte agressif sur soi ou autrui, et parfois contraint de se retirer par mesure conservatoire.

🔍 Signes et manifestations à observer

Le secouriste observe la personne dans ses différentes sphères :

Sphère observéeSignes à repérer
PrésentationÉtat vestimentaire inadapté, hygiène (manque ou excès), marques/blessures
Signes physiques/physiologiquesHyperventilation, sensation d'étouffement, pâleur ou coloration, sueurs, tremblements, tension musculaire
ComportementHypoactivité (mutisme, isolement, prostration) ou hyperactivité (agitation stérile, actions désordonnées) ; agressivité, voire violence
DiscoursAccéléré/ralenti, bégaiement, propos incohérents, incapacité à penser (« sidération »), troubles de la mémoire, confusion, désorientation, intentions suicidaires
État d'esprit/émotionnelHyperémotivité (cris, pleurs, panique/euphorie), peur intense, colère avec tendance à l'agressivité, perte de contrôle de soi, absence d'émotion, tristesse/désespoir

Silencieuses Réactions hypoactives

Après un événement stressant, la victime peut présenter un état de dissociation, phénomène protecteur qui la déconnecte d'une réalité insupportable :

  • État de sidération : stupeur, paralysie de la capacité d'agir et de la volonté (physique et psychique). Regard vide, expression d'incompréhension totale. Peut rester immobile dans le danger. Peut durer de 1 minute à plusieurs heures.
  • Comportements automatiques : gestes répétitifs, peu adaptés à la situation. La victime semble « absente », incapable de dire ensuite ce qu'elle vient de faire (amnésie ou souvenir flou).
Ce type de manifestation est le signe d'une détresse psychologique aiguë, voire d'une blessure psychologique grave, nécessitant une orientation vers une prise en charge psychologique spécialisée (urgences hospitalières ou CUMP).

Bruyantes Réactions hyperactives

  • Fuite panique : fuite impulsive, non raisonnée, éperdue, en bousculant, sans savoir où elle va. Peut pousser vers le danger. Très contagieuse (risque de panique collective).
  • Agitation désordonnée : excitation, gesticulation, propos incohérents (logorrhée), incapacité à se contrôler ou décider, actions désordonnées ou irréfléchies. Risque de danger pour elle-même et pour autrui.

La victime peut passer d'une réaction à l'autre au cours de la prise en charge. Les réactions de stress peuvent persister plusieurs heures/jours après l'événement (« courbatures psychologiques ») sans être forcément pathologiques.

💔 Autres réactions

La réaction de stress n'est pas la seule possible : une personne peut être frappée par un choc de compassion (marquée par la douleur de l'autre) ou une perte. Les sentiments sont alors plutôt tristesse, colère ou impuissance, avec des mécanismes de défense : sidération, malaise, déni, culpabilité, recherche de responsabilité, agressivité.

Une réaction adaptée dans l'immédiat ne garantit pas l'absence de blessure psychique. La crise peut évoluer vers un trouble de l'adaptation, un trouble de stress aigu (TSA) ou un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Partie 9 · Conduite à tenir générale
Aborder et prendre en charge une personne en crise
Source : 09PR01/11-2021 (principes généraux — hors contextes particuliers)

🎯 Principes de l'action de secours

  • Protéger les intervenants, la victime et son entourage.
  • Identifier les réactions inhabituelles, recueillir et transmettre un maximum d'informations au médecin régulateur ou à l'équipe médicale sur place.
  • Stabiliser l'état de crise de la victime dans la mesure du possible.

1️⃣ Observer, rechercher

Le 1er regard est essentiel. Il faut repérer et identifier :

  • Risques potentiels dans l'environnement (armes, emballages de médicaments, lettre, bouteilles d'alcool) ou particularités (environnement inadéquat).
  • Facteurs de stress potentiels pour la victime : l'entourage constitue-t-il un soutien ou une pression ?
  • L'élément déclencheur (interne ou externe) : « Suite à quoi ? »
  • Les caractéristiques de la réaction : qu'est-ce qui est inhabituel ? Depuis quand ?
  • Antécédents/hospitalisations/traitements : maladie particulière, hospitalisation antérieure, traitement pris ou rupture de traitement.

2️⃣ Sécuriser, protéger

Si le contact est possible :

  • Choisir un lieu propice à l'échange, à l'écart de la source de stress et des pressions extérieures (séparer l'entourage s'il exacerbe la crise).
  • Réduire la réaction de stress (éviter d'exposer la victime à des blessures visibles ou facteurs stressants).
  • Assurer une surveillance constante.

Si le contact et le dialogue sont impossibles :

  • Demander une médicalisation en vue d'une éventuelle sédation pour minimiser le risque d'agression et de blessures.
  • Faire intervenir les forces de l'ordre en protection si la sécurité et la sûreté des personnes sont compromises.

3️⃣ Apaiser la détresse, répondre aux besoins

Favoriser l'apaisement émotionnel, dans le calme, sans précipitation ni hésitation, pour compléter le bilan puis engager les soins nécessaires. Lors d'états d'agitation incontrôlables et dangereux, l'abord relationnel a ses limites et la sédation médicamenteuse est indispensable.

Conduite à tenir spécifique

Silencieuse Face à une réaction hypoactive

Orienter l'attention de la victime sur des éléments sécurisants et des tâches simples, positives, non stressantes :

  • Rechercher le contact visuel : « Madame, regardez-moi bien dans les yeux »
  • Rassurer par une présence calme, bienveillante, protectrice (langage non verbal, gestes doux, voix apaisante)
  • Ramener doucement la victime dans « l'ici et maintenant » (poser des questions concrètes sur elle et son environnement)
  • Interroger sur ses besoins : « De quoi auriez-vous besoin dans l'immédiat ? »
  • Inviter à s'exprimer, mais pas à tout prix — orienter vers une communication cognitive plutôt qu'émotionnelle
  • Utiliser des techniques de focalisation attentionnelle (respiration contrôlée, focalisation sur le présent)
  • Informer sur l'événement et sur ses réactions
  • Ne jamais laisser seule
Questionner la victime sur l'événement vécu ou lui demander de parler de ses émotions aura pour effet de maintenir/réactiver l'état de dissociation.

Bruyante Face à une réaction hyperactive

  • Établir un contact verbal calme, débit lent, gestuelle réglée (pas de gestes brusques)
  • Montrer que l'on a perçu la tension émotionnelle, inviter à s'exprimer
  • Identifier le(s) besoin(s) immédiat(s) et proposer son aide
  • Utiliser la reformulation
  • En cas d'hallucinations ou de propos incohérents, ne pas contredire la victime
  • Être attentif aux mouvements du corps ; si besoin de bouger, proposer des contractions alternées (fonction exutoire)

➡️ Suite du référentiel

Ce module couvre les principes généraux. Les contextes particuliers (comportement agressif/violent, morts inattendues, victimes de violences, crise suicidaire, événements exceptionnels) sont traités dans 3 modules dédiés, du fait de leur densité et de leurs spécificités propres.

Partie 9 · Validation
QCM — Réponses multiples possibles
Coche toutes les bonnes réponses, puis valide.
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