Avant d'évoquer toute notion de commandement ou de gestion opérationnelle, il est nécessaire de comprendre les caractéristiques et particularités d'une opération de secours menée par les sapeurs-pompiers.
Une multitude d'évènements peut être à l'origine d'une situation opérationnelle (incendie, inondation, accident, pollution…). Bien que de même nature (l'urgence), ces situations n'ont pas les mêmes déterminants : lieu, population, environnement, météorologie.
Ces situations sont évolutives : elles se modifient naturellement (ex. changement de direction du vent) ou du fait des actions de secours (ex. création d'un ouvrant). Les paramètres, pour la plupart non maîtrisables, sont souvent imprévisibles (explosion, embrasement, panique). Le COS doit adapter ses décisions aux éléments imprévus.
Le caractère imprévisible de l'évolution des paramètres rend difficile pour le COS de prévoir le résultat des actions engagées. Il définit un dispositif et une chronologie d'actions à partir d'un pronostic établi sur les informations disponibles, sans contrôle total : il ne peut garantir ni la réussite de chaque action ni l'atteinte des objectifs fixés.
Le COS a un accès plus ou moins partiel à l'information : elle n'est pas toujours disponible au bon moment (état d'une victime, propagation du sinistre) ni facilement accessible (nuit, parking couvert). La contrainte de temps limite en plus la recherche d'information.
Le COS doit donc souvent décider sans disposer de toutes les informations, dans des délais contraints. Son action vise à réunir les informations nécessaires et suffisantes pour décider.
Le COS n'a souvent accès au sinistre qu'à partir du sol, dans son champ de vision : il ne perçoit que des parties « morcelées » du sinistre. Cette vision parcellaire limite l'accès aux informations et complexifie la conceptualisation globale du problème.
Les enjeux d'une opération de secours sont souvent très forts : vies humaines, biens, environnement. La gravité et l'intensité du sinistre font varier ces enjeux (une victime blessée ou plusieurs vies menacées, un sinistre d'habitation ou une zone de plusieurs centaines d'hectares). Le discernement du COS ne doit pas être altéré par le poids de ces enjeux.
Une opération de secours implique une confrontation directe à la violence, à la souffrance, à la mort, mais aussi à des détresses psychoaffectives. Dans ce contexte à forte dimension émotionnelle, le COS doit conserver une distance suffisante pour décider rapidement.
Les opérations de secours exposent potentiellement le sapeur-pompier à des risques : feu, effondrement, toxicité, explosion. Le COS doit garder ce caractère dangereux à l'esprit tout au long de l'opération.
Chaque opération de secours est unique : elle peut ressembler à une autre par sa thématique ou sa localisation, mais elle sera toujours différente. Le COS peut s'appuyer sur son expérience et sur les partages d'expérience (PEX) ou retours d'expérience (RETEX), mais doit se prémunir de toute forme de routine.