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Contraintes ARI et calcul de l'autonomie
Tronc commun · Engagement en milieu vicié
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Tronc commun · Engagement en milieu vicié
Les contraintes liées à l'ARI et le calcul de l'autonomie
Source : GTO Engagement en milieu vicié, 2ᵉ édition, février 2024 — Annexes B et C

🌡️ Introduction

Les facteurs environnementaux ont une influence majeure sur les capacités de travail des intervenants. Le travail dans des environnements hostiles (fumées, chaleur, suies, visibilité réduite ou nulle, difficultés de pénétration et de progression) exige une certaine adaptation des intervenants.

Pour intervenir efficacement, il est important que les sapeurs-pompiers soient conscients et préparés régulièrement aux contraintes relatives au port des appareils de protection respiratoire isolants.

🏋️ Les contraintes relatives au porteur — facteurs physiques

Le port des appareils de protection respiratoire :

  • modifie le centre de gravité des porteurs ;
  • augmente le travail musculaire de l'utilisateur et sa dépense énergétique ;
  • participe à la baisse des performances de son utilisateur ;
  • limite les capacités de déplacement dans des passages étroits verticaux, horizontaux et lors des franchissements d'obstacles (échelle à crinoline, milieu effondré, etc.).

La condition physique du sapeur-pompier est donc primordiale, influençant directement son autonomie en air et son ressenti des diverses contraintes liées au port d'un ARI. Il est important de veiller à ne pas trop serrer les ceintures et le harnais du dossard, pour éviter une gêne et/ou un frein aux mouvements de progression et aux positions de travail. L'ARI doit reposer essentiellement sur la ceinture ventrale afin de préserver la couche d'air de la tenue de protection du porteur.

Norme NF EN 137 (ARI circuit ouvert) : masse de l'appareil prêt à l'emploi ne devant pas excéder 18 kg, indépendamment de la configuration mono ou multi-bouteille. Norme NF EN 145 : masse des ARI circuit fermé limitée à 16 kg — différence qui prend en compte l'autonomie plus longue de ces matériels et la nécessité de soulager la contrainte physique du porteur.

🫁 Les facteurs physiologiques

Augmentation de « l'espace mort »

L'espace mort est le volume d'air contenu dans les voies respiratoires entre les cavités nasales et la jonction entre bronchioles et alvéoles. Il est d'environ 150 ml chez l'adulte. L'air contenu dans l'espace mort ne participe pas aux échanges alvéolo-capillaires.

Lors du port d'un appareil de protection respiratoire, l'espace mort est artificiellement augmenté du volume mort imputable au masque, la totalité du masque n'étant pas reventilée à chaque cycle respiratoire. Plus l'espace mort d'un masque est important, plus la concentration en dioxyde de carbone de l'air inspiré est élevée.

On parle alors du phénomène de « réinspiration » : une partie du CO₂ expiré du masque est à nouveau inhalée lors de l'inspiration suivante. Afin de réduire cet effet, la pièce faciale est équipée d'un ½ masque.

L'augmentation du CO₂ dans le sang induit un réflexe d'hyperventilation pouvant entraîner une surconsommation, et donc limiter la tâche des porteurs d'ARI.

Augmentation des résistances respiratoires et du débit de consommation

Le port d'un appareil de protection respiratoire entraîne une augmentation de la résistance de l'écoulement des flux inspiratoire et expiratoire. Ainsi, le maintien d'une ventilation constante est obtenu par une augmentation du travail respiratoire.

Le port de l'appareil respiratoire facilite légèrement le travail inspiratoire par l'arrivée d'air sous pression, mais rend plus difficile le travail expiratoire, ce qui peut engendrer une contre-indication dans le cas de certaines pathologies pulmonaires.

Les débits de consommation du porteur varient entre 10 l/min au repos et 135 l/min pour un travail très intense.

La surpression dans le masque n'est pas garantie pour des débits de pointe supérieurs à 314 l/min. Elle ne peut donc pas être considérée comme un argument de sécurité pour le porteur dans toutes les configurations.

Augmentation de la fréquence cardiaque

Le travail respiratoire sous ARI est responsable d'un accroissement de la fréquence cardiaque. Celle-ci est également augmentée par le travail musculaire, la chaleur de l'environnement, et le stress.

Les conséquences, outre un épuisement plus rapide, sont la déshydratation et l'hypoglycémie.

🧠 Les facteurs psychologiques

Le port d'un appareil entraîne une sensation d'inconfort, liée en partie à l'effort expiratoire nécessaire pour vaincre la résistance respiratoire. Cette sensation d'inconfort est cependant variable selon les intervenants.

L'acceptabilité d'un masque de protection dépend à la fois du degré de confort offert par l'appareil, du psychisme du porteur et de la mission à réaliser. La stabilité émotionnelle de l'utilisateur fait varier la consommation d'air : un sapeur-pompier qui perd son calme accélère son rythme respiratoire et épuise donc rapidement sa réserve d'air.

Le port de l'ARI va entraîner une diminution de l'autonomie du porteur, et ce d'autant plus que les conditions extérieures seront exigeantes. Les conséquences peuvent également se ressentir par des difficultés de concentration.

🎒 Les contraintes attribuables à l'équipement

Le port d'un appareil de protection respiratoire modifie, perturbe et diminue profondément les capacités de perception de l'espace environnant ainsi que les capacités relationnelles.

Le porteur perçoit moins bien l'espace environnant (champ de vision réduit) et sa capacité à communiquer avec l'entourage est limitée, même si son équipement peut comporter des solutions techniques pour limiter cette contrainte (systèmes de transmission et/ou d'amplification de la voix).

L'acuité auditive du porteur d'un appareil de protection respiratoire est toujours perturbée et réduite par la transmission des bruits respiratoires, des bruits de l'environnement, et le port du casque et de la cagoule.

⛽ Les contraintes liées à la réserve d'air

Le temps d'intervention des sapeurs-pompiers est limité par la quantité d'air disponible. Ces limites sont liées à deux critères :

  • la consommation du porteur pendant l'activité opérationnelle ;
  • la capacité de stockage et la pression de service de la bouteille, mettant à disposition un volume d'air différent selon les modèles.
L'accoutumance, voire l'aisance en ambiance « opérationnelle », et l'entraînement physique régulier sont des critères primordiaux qui permettent de retarder les effets de l'effort sous appareil de protection respiratoire.
ConsommationExemple de travail / activité
10 l/minRepos
20 l/minTravail manuel léger, conduite véhicule normale, marche jusqu'à 2,5 km/h
35 l/minTravail soutenu bras/jambes, marche à 2,5-5,5 km/h
50 l/minTravail intense bras/tronc, marche 5,5-7 km/h
65 l/minActivité très intense allure rapide, montée escaliers/échelle, course
85 l/minTravail continu ≤2h, sauvetage/lutte avec équipement lourd
105 l/minTravail continu ≤15 min, sauvetage/lutte incendie intensité élevée
135 l/minTravail continu <5 min, sauvetage/lutte incendie intensité maximale

🧮 Calcul théorique de l'autonomie (ARI circuit ouvert)

1. Déterminer le volume d'air disponible

Capacité (l) = (P × V) / (Z × Patm)

P : pression de remplissage de la bouteille à 300 bar et à 15°C ; V : volume en eau de la bouteille ; Z : facteur de compressibilité de l'air à 15°C (ex. pour 300 bar, Z = 1,1) ; Patm : pression atmosphérique de 1 bar.

Exemple : bouteille de 7 litres à 300 bar → Capacité = (300 × 7) / (1,1 × 1) = 1909 litres

2. Calculer l'autonomie en fonction de la consommation du porteur

Autonomie (min) = Capacité (l) / Consommation (l/min)

Pour une activité de sauvetage et de lutte contre l'incendie, en considérant une consommation moyenne de 100 l/min, l'autonomie du porteur de l'ARI équipé de la bouteille 7 l à 300 bar sera d'environ : 1909 / 100 = 19 minutes.

Il est intéressant que chaque porteur connaisse sa consommation personnelle (l/minute), celle-ci variant sensiblement d'un individu à l'autre.
Grille de lecture opérationnelle
Anticiper les contraintes et calculer son autonomie
Points de vigilance et méthode de calcul

✅ Bonnes pratiques pour limiter les contraintes physiques

  • Ne pas trop serrer ceintures et harnais du dossard
  • Faire reposer l'ARI essentiellement sur la ceinture ventrale
  • Entretenir une condition physique régulière (elle influence directement l'autonomie en air)
  • S'entraîner à l'accoutumance en ambiance opérationnelle dégradée

⚠️ Signaux à surveiller chez soi et son équipier

  • Accélération du rythme respiratoire liée au stress → surconsommation d'air
  • Difficultés de concentration
  • Signes de déshydratation ou d'hypoglycémie (épuisement rapide)
  • Sensation d'inconfort inhabituelle liée au masque
La surpression du masque n'est pas une garantie de sécurité à tous les débits — ne jamais s'y fier aveuglément en cas d'effort intense.

🧮 Méthode de calcul rapide de l'autonomie

  1. Calculer la capacité d'air disponible : Capacité = (P × V) / (Z × 1)
  2. Diviser par la consommation estimée selon l'intensité du travail (voir tableau : 10 à 135 l/min)
  3. Toujours anticiper le retour avant d'atteindre le seuil du sifflet de fin de charge (~55 bars)
Exemple à retenir : bouteille 7 l / 300 bar + consommation 100 l/min (sauvetage/incendie) → autonomie théorique d'environ 19 minutes.

📋 Ce qu'il faut retenir sur la masse des appareils

  • ARI circuit ouvert (NF EN 137) : masse max. 18 kg
  • ARI circuit fermé (NF EN 145) : masse max. 16 kg
Validation
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