D'un point de vue doctrinal, il faut retenir le principe du « juste besoin » d'exposition lors de la lutte contre les incendies.
Tous les COS, du chef d'agrès aux chefs de site en passant par les chefs des secteurs géographiques et fonctionnels, intègrent dans leurs idées de manœuvre, autant que faire se peut, l'exposition limitée des personnels aux fumées d'incendie.
Le zonage concernant la toxicité des fumées peut être mis en place après les premières réactions immédiates. Il peut être matérialisé de plusieurs façons : rubalise, balises lumineuses, panneaux de signalisation, désignation d'un contrôleur, etc. — adaptable selon les conditions de l'intervention et les moyens disponibles.
Le COS peut ajuster les conditions de port des EPI en fonction de son analyse des risques, sauf en zone d'exclusion qui nécessite un port permanent de l'ARI jusqu'à la fin de l'opération.
Dans le cadre des opérations de secours, plusieurs étapes peuvent permettre des phases de désorption et de transferts possibles de toxiques :
Certaines opérations dépassent, par leur ampleur, leur durée, voire la spécificité des actions réalisées, le cadre conventionnel de dimensionnement des ressources logistiques disponibles. Les protocoles habituels de prise en compte des risques peuvent alors s'avérer insuffisants ou inadaptés.
Ces situations peuvent, sans exhaustivité, entraîner :
Il revient au COS d'initier voire de mettre en œuvre une démarche concourant au retour à la normale, en s'appuyant si besoin sur l'analyse des services techniques et logistiques de son SIS. Un secteur fonctionnel dédié peut être constitué, confié dans la mesure du possible à un cadre disposant de connaissances en logistique, sécurité et gestion des EPI.
Le COS fait respecter le port des protections adaptées dans toutes les zones, de la reconnaissance jusqu'au déblai, et limite l'accès aux personnes strictement nécessaires à l'opération.
Une vigilance doit être conservée même lors des opérations de protection (assèchement, bâchage, déplacement de mobilier…) ou de consolidation d'ouvrage (étaiement, reconnaissance structurelle…). Le port d'une protection respiratoire, cutanée et oculaire adaptée est obligatoire au-delà de la phase d'attaque, en particulier lors des phases de déblai et dégarnissage.
Dans le cas des opérations importantes, une sectorisation fonctionnelle complémentaire, laissée à l'initiative du COS, doit prendre en compte le soutien sanitaire opérationnel adapté. Le principe de « marche en avant » doit être recherché dans son organisation.
Lors des phases de repos, après retrait des EPI, il est préconisé l'usage de lingettes nettoyantes ou d'eau froide et de savon pour se nettoyer le visage, le cou et les mains avant de s'hydrater et de se restaurer. Les yeux et la bouche peuvent être lavés. L'action de se moucher le nez pour se débarrasser des mucosités est préconisée. Il faut veiller à identifier un espace dédié au nettoyage dans la zone de soutien.
Le COS envisage, en fonction de l'appréciation des risques, une adaptation du mode de nettoyage selon 4 options possibles : nettoyage non nécessaire / souillure superficielle / moyenne / importante.
| Exposition | Degré | Reconditionnement sur place |
|---|---|---|
| Pas d'exposition | Sans objet | Le nettoyage n'est pas nécessaire |
| Exposition courte à un panache à l'air libre | Superficiel | Aération de la veste à l'extérieur de la cabine + bottes/casques brossage à l'eau |
| Attaque extérieure au contact des fumées, feux de VL/poubelles/déblai, ou reconnaissance de faible durée en milieu enfumé | Moyen | Veste/surpantalon/gants brossage à sec + aération extérieur cabine + bottes/casque brossage à l'eau |
| Attaque dans un volume en feu, reconnaissance de longue durée en milieu enfumé, ou EPI présentant toujours des traces de souillures après brossage | Important | Isoler la tenue |
Sur la base de critères observables, le matériel est traité comme suit :
Reconditionnement à l'emplacement d'origine du véhicule, ou dans un VTU sur demande du COS si les conditions ne permettent pas le nettoyage sur place (nombreux matériels souillés, conditions climatiques défavorables). Au retour au CIS : vérification puis nettoyage au jet ou à la haute pression (sauf ARI), avec brossage à l'eau savonneuse si nécessaire.
Les EPI et matériels qui restent souillés doivent être mis à l'écart des matériels propres dans les véhicules (sacs spécifiques, bacs étanches ou espaces dédiés).
Dans le cas d'une pollution des équipements à un produit particulier, la recherche de solutions avec le propriétaire de la source (industriel, exploitant…) permet de bénéficier de son expertise et d'envisager un reconditionnement in situ adapté.
L'entraide inter-SIS peut être judicieuse pour maintenir une capacité de réponse opérationnelle : contribution aux opérations avancées de dépollution via des machines à laver spécifiques, mise à disposition temporaire d'EPI, mise à disposition de matériels opérationnels à forte valeur ajoutée (ex. lance-canon portable).
Outil d'aide (Annexe B du guide) : à chaque phase de l'intervention correspond une cible potentielle et un risque associé.
| Lieu | Phase | Cible | Risque |
|---|---|---|---|
| Zone d'intervention | Reconnaissance | Chef d'agrès / Binômes | Intoxication |
| Sauvetage | Binômes | ||
| Établissement / Alimentation | Binômes | ||
| Attaque | Binômes | ||
| Protection | Binômes | ||
| Déblai | Binômes | Intoxication | |
| Surveillance | Agents désignés | Intoxication | |
| Centre d'incendie et de secours | Reconditionnement | Totalité de l'équipage | Exposition aux particules résiduelles d'incendie |
| Réarmement | Totalité de l'équipage + personnel de garde | Exposition aux particules résiduelles d'incendie | |
| Retour dans les locaux de vie | Personnel de garde | Désorption et rémanence des produits de combustion |
Cette grille couvre l'ensemble des phases décrites dans cette fiche, de la reconnaissance jusqu'au retour dans les locaux de vie.
| Sigle | Signification |
|---|---|
| ALARA | as low as reasonably achievable, c.-à-d. aussi bas que raisonnablement possible |
| ANSES | agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail |
| BMPM | bataillon de marins-pompiers de Marseille |
| BSPP | brigade de sapeurs-pompiers de Paris |
| CEREN | centre d'essais et de recherche de l'Entente |
| CIS | centre d'incendie et de secours |
| CNAM | conservatoire national des arts et métiers |
| CNESST | commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail |
| CNRACL | caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales |
| DGSCGC | direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises |
| ENSOSP | école nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers |
| EPI | équipement de protection individuelle |
| HAP | hydrocarbures aromatiques polycycliques |