Cette technique opérationnelle permet de favoriser l'attaque du feu en le privant en grande partie de comburant. L'objectif est de réduire au maximum l'apport d'air au combustible.
Elle se combine avec une attaque hydraulique, qui refroidit les fumées et les gaz chauds et produit un inertage par la vapeur d'eau.
Feu de volume de taille moyenne (chambre, cuisine, salon) dans une structure multi-volumes. Ce volume ne dispose que d'une toute petite fenêtre partiellement brisée ; la porte légèrement entrouverte a permis au feu d'enfumer le reste des volumes, mais n'apporte que peu d'air au foyer.
La concentration en oxygène dans les locaux ouverts sur les circulations internes est réduite. Les autres locaux (portes fermées) peuvent contenir un peu de gaz de combustion et encore assez d'oxygène, mais ne sont pas en contact avec les flammes.
L'attaque en antiventilation est une tactique offensive très agressive : elle combine attaque hydraulique du foyer et privation en oxygène. Elle suppose une progression dans la fumée et un engagement proche du foyer.
La sécurité des intervenants est liée au maintien en antiventilation du volume concerné. Son décloisonnement peut générer un apport d'air suffisant pour favoriser un phénomène thermique si l'équipe n'a pas eu le temps d'inerter les gaz chauds.
Associer des moyens hydrauliques adaptés est essentiel. La nécessité n'est pas d'apporter beaucoup d'eau mais surtout de la vaporiser : un litre d'eau fournit à 100°C environ 1,7 m³ de vapeur, et l'atmosphère est inertée quand la vapeur d'eau représente environ le tiers de la masse gazeuse.
Un débit d'application trop important risque de produire de l'eau tiède plutôt que de la vapeur. Après avoir traité le volume gazeux, on recherche le mouillage des combustibles (grosses gouttes, jet purge sur les braises) pour finaliser l'extinction et éliminer les zones de ré-inflammation.
L'usage de la caméra thermique est un atout pour rechercher les points chauds durant cette phase effectuée sans visibilité.
L'antiventilation peut revêtir plusieurs formes : recloisonnement, recloisonnement après chaque impulsion d'une attaque depuis l'extérieur du local, ou ventilation freinée par entrebâillement de porte lors d'une pénétration du BAT.
Ces techniques ne présentent pas de difficulté de mise en œuvre en elles-mêmes, mais nécessitent une bonne maîtrise de l'enchaînement des séquences, une bonne coordination entre le BAT et les autres équipes, et une bonne aptitude au réglage de la lance.
Risques identifiés :
La température en partie supérieure des volumes dépasse rarement 300°C, mais l'absence de stratification marquée peut amener la température à plus de 100°C à hauteur des intervenants. Même avant le début de l'inertage, la vapeur d'eau présente dans l'atmosphère peut se condenser sur le corps du sapeur-pompier (plus froid que les fumées), délivrant de la chaleur latente pouvant générer inconfort voire brûlures.
Des températures basses (feu couvant, ou puissance décroissante après une phase de développement rapide) rendent l'inertage plus difficile ; de fines gouttelettes en suspension ont alors des effets similaires à la vapeur d'eau gazeuse pour limiter l'inflammabilité de l'atmosphère.
L'équipe pénètre dans la structure concernée. Si la température des fumées le permet, elle cherche à les inerter par des pulvérisations les plus fines possibles lors de la progression. Le mouillage des plafonds et murs en partie haute (technique de sécurisation de l'accès) permet, en cas de montée en température, un refroidissement et un inertage partiels par évaporation.
La porte d'accès aux locaux concernés par le feu est refermée, en laissant juste le passage du tuyau (surface d'échange réduite à environ 0,2 m²). L'usage de stoppeurs de fumées peut pallier la difficulté de fermeture ou en compléter l'efficacité — ils s'opposent aussi au passage des fumées en partie haute des ouvrants.
Effet recherché : limiter fortement le risque de flash-over, de backdraft, et de FGI (fire gas ignition) dans l'ensemble des volumes enfumés.
Le BAT effectue une impulsion de 2 à 3 secondes dans le volume source du foyer entrouvert, puis le referme. La porte du volume source étant maintenue fermée, il devient possible de désenfumer les volumes adjacents (ventilation naturelle, ventilateur en pression positive depuis l'extérieur, ou hydraulique à la lance si les volumes sont faibles).
Effet recherché : le feu est privé d'oxygène, la vaporisation de l'eau refroidit et inerte le volume — le feu est maintenu en antiventilation (recloisonnement). Dans les locaux adjacents, le risque est considérablement réduit.
L'opération sur le volume source est renouvelée plusieurs fois si nécessaire. Si la température intérieure semble avoir diminué au point que la vaporisation n'est plus envisageable, il est nécessaire de pénétrer dans le volume. L'inertage se poursuit par la vaporisation de l'eau déposée sur les braises — efficace uniquement si la porte reste refermée sur le tuyau. L'usage de la caméra thermique est pertinent à ce stade.
Effet recherché : le feu ne bénéficie que d'entrées d'air faibles et brèves ; l'arrêt de la production de gaz de pyrolyse permettra d'envisager sans risque la ventilation du local.
L'atmosphère n'étant plus alimentée en gaz de pyrolyse, le maintien d'une atmosphère inertée n'est plus nécessaire (même si une petite zone de combustion peut subsister). La ventilation du local est alors réalisée (ouverture d'une fenêtre, ouverture en grand de la porte).
Effets recherchés : assurer la sécurité des intervenants et finaliser l'extinction du foyer par les actions de déblai.