Les circonstances d'un incendie de structure nécessitent souvent d'adapter les méthodes de ce guide : moyens disponibles, dispositions constructives, conditions météorologiques sont autant de facteurs à prendre en compte. Cette fiche apporte des outils pour optimiser les effets recherchés, quel que soit l'objectif (protection, désenfumage, attaque).
Optimisation de l'entrant : la mise en surpression empêche les fumées de pénétrer (gaines, conduits, dispositifs techniques) et peut s'affranchir de positionner un binôme avec moyen hydraulique. Elle se fait avec un ventilateur sur un entrant, sans sortant créé : la pression ambiante augmente car l'air entrant est supérieur à ce qui peut fuir.
Si les fuites du local sont réduites, un seul ventilateur face à un seul entrant a une forte efficacité, même pour un gros volume. L'entrant peut être réduit avec un stoppeur de fumée à une taille proche du diamètre du ventilateur, pour que toute sa surface soit soumise au jet à grande vitesse.
Augmentation de la puissance mécanique : si la réduction de l'entrant n'est pas compatible avec la cinétique de l'intervention, augmenter la vitesse de sortie du ventilateur est préférable. En cas de fuites importantes, un second ventilateur sur un deuxième entrant augmente la surpression créée.
Jouer sur les entrants/sortants (désenfumage naturel, volume non compartimenté) :
Le gradient de pression (différence de température intérieur/extérieur) est le « moteur » du mouvement d'air ; plus entrants et sortants sont grands, plus le débit est élevé. Un rapport de 2 entre la surface de l'entrant et celle du sortant (l'un étant imposé, l'autre modifiable) permet d'atteindre un rendement d'environ 90 % ; au-delà, plus d'effet significatif.
Volume compartimenté : l'agrandissement accroît le débit en diminuant les pertes de charges, mais l'effet reste relatif si d'importantes pertes de charge existent ailleurs sur la veine d'air.
Désenfumage mécanique : la géométrie de l'entrant doit être adaptée au ventilateur (un entrant trop grand peut nuire à l'efficacité, contrairement au désenfumage naturel) ; pour le sortant, plus il est grand plus le débit est élevé, mais le gain devient vite non significatif.
Jouer sur les ventilateurs :
On recherche en général le débit maximum (vitesses au sortant de l'ordre de 5 m/s, soit ~18 000 m³/h pour un exutoire de 1 m² — l'équivalent d'un appartement de 120 m² extrait chaque minute). Techniques possibles : plusieurs ventilateurs sur un même entrant (l'un derrière l'autre, ou en V pour mieux couvrir la surface), ou ventilateurs en relais si les pertes de charge sont trop importantes. Pour un désenfumage de gros volume, plusieurs entrants avec un ventilateur chacun, en cherchant à faire s'écouler les veines d'air dans le même sens.
Débit optimal ≠ débit maximal :
Un débit trop important peut déstratifier les fumées (mélange à l'air frais au lieu de l'effet piston), ralentissant paradoxalement leur sortie. Réduire la puissance (réducteur de vitesse, ou éloigner le ventilateur de l'entrant) peut être préférable si les fumées stratifiées occupent la partie supérieure : un sortant à hauteur des fumées (ex. fenêtre) est plus efficace qu'un sortant plus grand intégrant l'air frais de la partie basse.
L'observation de l'écoulement des fumées reste le meilleur moyen de mesurer l'efficacité de l'action de ventilation.
Créer volontairement une perte de charge : dans un volume multi-compartimenté avec pertes de charge en amont, une porte trop ouverte peut laisser le différentiel de pression hydrostatique des gaz de combustion (plus dense en partie haute) dépasser celui créé par la ventilation, provoquant un retour de gaz à contre-flux au-dessus des intervenants. Refermer partiellement la porte augmente les pertes de charge et la pression en amont, s'opposant au retour des fumées (au prix d'une baisse du débit sortant).
Limiter la vitesse de la veine d'air : une fois l'objectif de libération d'accès atteint, accroître le débit n'apporte pas toujours de plus-value et peut accroître la puissance du foyer. Une marge de sécurité reste utile (pertes de charge dues à du personnel dans la veine, sautes de vent) et permet de mieux évacuer les gaz chauds en cas de phénomène inattendu (ex. explosion de bouteille de gaz).
Création du sortant en deux temps : ouvrir d'abord en partie haute (vitrage, bardage métallique, toiture) pour expulser les fumées les plus chaudes avec peu de destratification, puis agrandir une fois la veine d'air établie pour faire chuter la pression.
Sortant trop petit : risque de migration des gaz chauds à contre-flux (agrandir le sortant). Sortant trop grand : risque d'entrée d'air frais en partie basse alimentant la combustion (débits d'extinction majorés à prévoir).
Permettent de compenser les pertes de charge dues à la distance ou à la distribution de la structure. Deux configurations : relais dans la veine d'air (horizontaux en structure multivolume, verticaux en immeuble), ou un ventilateur à l'entrant et un au sortant (dépression générée au sortant).
Le ventilateur positionné vers le sortant ou au sortant ne doit pas craindre la chaleur, doit pouvoir s'adapter sur un raccord ZAG, et ne pas présenter de contre-indication (moteur thermique risquant de s'encrasser avec des fumées grasses ou de caler si le taux d'O2 est trop bas). La qualité ATEX n'a ici que peu d'intérêt : si ces fumées devaient brûler, elles l'auraient fait plus en amont.
Accessoire existant depuis près de 80 ans, modernisé il y a une dizaine d'années par un pompier allemand, Mickael Reick. En général utilisé pour empêcher le passage des fumées de la zone en feu vers la circulation d'attaque (cf. antiventilation, fiche ATT-2). Peut aussi rendre plus efficientes certaines actions de ventilation en canalisant la veine d'air.
Les stoppeurs empêchent les fumées de sortir par la porte d'entrée (ex. porte palière) lors de l'attaque : zone de repli sécurisée, dégâts limités. En réduisant la surface de la porte, ils réduisent aussi l'apport d'air entrant — le feu est maintenu en sous-ventilation, limitant sa puissance.
Mise en œuvre : avant l'ouverture de la porte palière, le rideau est mis en place et tombe librement en partie basse, réduisant les flux d'air tout en laissant le passage libre pour le BAT et le tuyau.
Le feu maintenu en sous-ventilation génère des fumées chargées en imbrûlés. Progression rapide car le foyer perd en intensité, mais visibilité très faible (caméra thermique utile). Précaution importante : refroidir et saturer de vapeur d'eau les fumées par des applications d'eau raisonnées, pour empêcher leur inflammation potentielle (elles stagnent dans le volume).
Au point de pénétration, le binôme de sécurité et les intervenants à proximité immédiate du rideau doivent être capelés. En présence de vent extérieur, rester vigilant au risque de rupture d'un ouvrant (vitrage) qui pourrait provoquer un embrasement des fumées par apport d'air extérieur — d'où l'importance d'inerter au fur et à mesure de la progression.
Bien que conçu avant tout pour antiventiler, le stoppeur peut se combiner avec une VPP : désenfumage d'une cage d'escalier après la pose du rideau, puis arrêt du ventilateur ou maintien à bas régime pour protéger les communications.
Dispositif expérimenté aux États-Unis. Réduit considérablement les effets du vent sur un feu dont le volume ouvre sur la façade exposée, en refermant artificiellement la fenêtre ouverte avec un dispositif semi-rigide appliqué depuis l'extérieur, pour supprimer le risque de « blow torching ».
Le volume concerné (ex. appartement) est situé à un étage élevé, sur une façade non accessible aux échelles et très exposée à un vent fort, avec une fenêtre ouverte. L'accès « normal » à l'immeuble se fait par l'autre face.
L'usage de la cage d'escalier pour l'accès des secours ou l'évacuation crée une veine d'air qui pousse les fumées depuis la façade exposée au vent vers la cage d'escalier, voire la porte d'entrée (phénomène de blow torching). La pression du vent plaque la toile du stoppeur et étanche la fenêtre.
Une toile en partie rigidifiée par des lattes est déroulée devant la fenêtre depuis l'étage supérieur, maintenue par une ou plusieurs commandes (des poids en partie basse peuvent faciliter l'installation). Une fois en place, une attaque en antiventilation devient possible.
Les expérimentations menées par certains services ont montré l'efficacité du dispositif, mais sa difficulté de mise en œuvre a poussé ces mêmes services à développer des approches alternatives, en particulier des attaques de transition menées depuis le niveau N-1.
La difficulté de mise en œuvre de ce dispositif a conduit certains services à privilégier des approches alternatives, notamment l'attaque de transition depuis le niveau N-1.